Mieux protéger la santé plutôt que d’alléger le secret médical
L’augmentation des absences pour des raisons de santé est une réalité statistique en Suisse. Toutefois, ces absences ne découlent pas d’un système laxiste ou d’une complaisance entre les professionnel·les de la santé et leurs patient·es, mais proviennent bien des conditions de travail actuelles : risques professionnels, poids du stress ou encore santé psychique qui se dégrade nettement ces dernières années. Les statistiques du terrain montrent que plus un métier comporte de risques physiques ou psychiques, plus les absences sont nombreuses. Les absences sont nettement plus élevées par exemple dans le domaine de la santé ou de l’hôtellerie-restauration que dans les professions de bureau ou de cadre. Autrement dit, les absences reflètent les conditions de travail. Près de 60% des salariés indiquent que la fatigue excessive liée au stress et à la pression des délais est un de leurs principaux risques pour la santé. Dans certains secteurs, près d’une personne sur deux se dit régulièrement trop épuisée après le travail pour mener une vie privée normale. Voilà la réalité, voilà le problème.
Autre raison de certaines absences: la grossesse. Aujourd’hui, bien que la loi suisse soit claire sur le papier, elle est hypocrite dans les faits. L’employeur·euse est obligé de protéger la santé de la future mère. S’il ne peut pas aménager le poste ou réduire la pénibilité, il doit libérer son employée, avec 80% de son salaire. Dans la vraie vie ? Ce n’est que très peu mise en œuvre. ll faut alors « ruser » pour devenir « malade »: puisqu’il n’existe aucun congé prénatal légal, on utilise la LAMal comme une rustine. Les entreprises qui ne peuvent pas (ou ne veulent pas) aménager de cadre de travail poussent les femmes à se déclarer « malades » plutôt que de les libérer avec un salaire. Ainsi, parce qu’il n’existe pas de congé prénatal dans notre système, la Suisse fabrique des arrêts maladie, faute de mieux pour protéger les futures mères. C’est cher pour la collectivité et ridicule, d’autant plus que, même sans souci de santé particulier, la grossesse est toujours une épreuve physique éreintante: elle équivaut à une activité d’ultra-endurance, pendant laquelle le corps dépense environ 2,2 son métabolisme de base et cours plusieurs dizaines de marathons en 9 mois. Elle devrait être reconnue comme telle.
Face à ces absences pour maladie dans le domaine du travail, une motion (de la majorité de droite de la commission de la santé) qui visait à lutter contre ce qu’elle qualifie de « certificats de complaisance » a été largement acceptée par la droite du Conseil national. La motion demande de modifier les bases légales pour assouplir le secret médical vis-à-vis des employeurs. J’ai clairement dénoncé la recherche de boucs émissaires (les patients et les médecins) et une réponse simpliste émissaires plutôt que de s’attaquer aux causes réelles, que nous avons évoquées plus haut.
Pour remédier à la situation sans fragiliser les droits des travailleurs et des travailleuses, des propositions alternatives existent pourtant!
Contre les risques psychosociaux, écoutons la réalité du terrain: selon Travail.Suisse, dans l’hôtellerie-restauration, les journées de travail excessivement longues et les modifications à court terme des plans d’engagement provoquent un stress inutile et rendent plus difficile la conciliation du temps libre, de la famille et du travail. Si l’on veut faire quelque chose contre le manque de personnel dans la branche, il faut impérativement commencer par là. Du côté du travail de bureau, les problèmes sont différents, mais ils existent aussi : la limite entre vie professionnelle et vie privée devient de plus en plus floue. Il faut donc, notamment, des règles claires pour garantir la récupération et le droit de ne pas être joignable pendant le temps de repos.
Et pour mieux protéger les futures mères et les enfants à naître, j’ai déposé en décembre 2024 une motion demandant l’instauration d’un congé prénatal de trois semaines. Ce congé permettrait ainsi que chaque entreprise, quelle que soit sa taille et ses activités, puisse offrir des conditions sûres à ses collaboratrices enceintes et maintenir l’emploi d’une main d’œuvre formée tout en promouvant la santé au travail pour l’entier de son personnel, sans que cela ne lui coûte en particulier puisque ce serait couvert par les APG. Je demandais également au Conseil fédéral que ce congé ne devait pas porter préjudice au congé maternité qui fait suite à l’accouchement.
Dénoncer les femmes enceintes et soupçonner patient·es et médecins n’est en tout cas pas la solution!